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Le renouveau de l'occultisme dans les dernières décennies du XIXe siècle
Le terme " occulte ", au sens de ce qui est " non saisi ou non saisissable par l'esprit, au-delà de l'entendement ou du savoir ordinaire " date de 1545. En 1653, le terme s'élargit et englobe les sciences anciennes et médiévales, contenant un savoir ou faisant agir des forces de nature secrète et mystérieuse : magie, alchimie, astrologie, etc.
Toutefois, les croyances, les théories et les techniques comprises sous le terme d'occultisme étaient déjà répandues à la fin de l'Antiquité. La magie, la théurgie, l'astrologie et même la nécromancie existaient en Égypte et en Mésopotamie quelque deux mille ans plus tôt. Ces savoirs et leurs pratiques, pourchassés impitoyablement à l'avènement du christianisme, devinrent la " philosophie occulte ", dont l'occultisme est le fruit direct.
Si le mot "occultisme ", en tant que tel, apparaît en 1842 dans le Dictionnaire des mots nouveaux de Jean-Baptiste Richard de Radonvilliers, c'est à Eliphas Lévi que l'on doit l'essentiel du contenu de ce terme. Sous son égide, l'occultisme devient une doctrine métaphysique, doublée de rites et de pratiques initiatiques. Ainsi, au sens noble et non galvaudé, l'occultisme est un essai d'explication du monde, de l'homme et de Dieu. Il est une vision de l'univers, une philosophie, une règle de vie. C'est un ensemble de spéculations et d'actions, basé sur la théorie des correspondances, le raisonnement analogique et la connaissance par l'intuition.
De son vrai nom Alphonse-Louis Constant (1810-1875), Eliphas Lévi commença sa carrière par le séminaire, qu'il quitta après son diaconat en 1836. Après une période de journalisme politique prorévolutionnaire (qui lui valut un séjour en prison), il entama une longue recherche intérieure. Elle aboutit en 1856 à la publication, sous le nom d'Eliphas Lévi, de Dogme et rituel de la Haute Magie.
Le mouvement occultiste français venait de naître. Celui-ci va reprendre le champ des sciences occultes des XVe et XVIe siècles, siècles d'or de la Renaissance. Martinès de Pasqually, fondateur de l'ordre de la " Franc-maçonnerie des chevaliers Maçons élus Cohen de l'Univers " à la fin du XVIIIe siècle, le linguiste Fabre d'Olivet, le mathématicien polonais Hoëné Wronski, avaient rouvert la voie après la rupture du XVIIe siècle, où l'occultisme avait été en partie marginalisé à la suite du développement de la pensée absolutiste, du fanatisme religieux et des débuts du rationalisme.
Nonobstant, Eliphas Lévi perfectionne la description de l'occultisme et expose que c'est une philosophie combinant trois sciences : la kabbale, ou " mathématiques de la pensée humaine ", la magie, " connaissance des lois secrètes et particulières de la nature qui produisent les forces cachées ", et l'hermétisme, " science de la nature cachée dans les hiéroglyphes et les symboles de l'ancien monde." Les disciplines couvertes par l'occultisme sont particulièrement diverses : magie, kabbale, tarot, astrologie, hypnose, etc.
Ainsi l'abbé Constant devenu Eliphas Lévi, théologien dissident, se fit l'apologiste de la Haute-Magie et déclara : " l'Occultisme est beau, il est immortel, il représente la nature et ses lois, l'esprit humain et ses aspirations, l'inconnu et ses incertitudes … ". Il ajouta : " La philosophie occulte semble avoir été la nourrice ou la marraine de toutes les religions, le levier secret de toutes les forces intellectuelles … ".
Ce mouvement connaîtra son apogée entre 1880 et la Première Guerre mondiale. L'occultisme entre alors en opposition à la "modernité" de l'époque, à laquelle il reproche d'avoir choisi le matérialisme et le rationalisme aux dépens de la spiritualité. Précision importante : pendant cette période, le mot occultisme sera souvent utilisé en lieu et place d'ésotérisme, avant que n'apparaisse la distinction guénonienne entre ésotérisme et occultisme. Mais cette différenciation s'est en partie estompée de nos jours. Ainsi, la séparation entre l'occultisme, les sciences traditionnelles comme la magie, l'alchimie, l'astrologie et la tradition ésotérique elle-même est aujourd'hui moins accentuée.
La forme la plus pure, la plus profonde de cette tendance se trouva en France, alors qu'auparavant la philosophie occulte avait brillé surtout en Italie, en Allemagne, et en Angleterre où parut en 1801, The Magus, de Francis Barrett, remarquable œuvre dont il n'y aura plus un équivalent en ce pays jusqu'aux ouvrages d'Aleister Crowley, un siècle après.
Ce fut plus particulièrement à Paris que se manifestèrent les meilleurs spécialistes de l'occultisme, ceux-ci voulant donner à leur discipline l'objectivité de la recherche scientifique et l'apparat de l'exégèse.
Stanislas de Guaita, aristocrate poète et kabbaliste, fut, durant sa brève existence, la figure de proue, l'âme de ce groupe d'érudits, tandis que Gérard Encausse, devenu Papus, devint par son activisme remarquable, la clé de voûte, le symbole de l'apogée de l'occultisme de la Belle Époque.
Critique d'art, homme de lettres, fondateur de l'Ordre de la Rose+Croix Catholique du Temple et du Graal, instigateur des célèbres salons de la Rose+Croix, Joséphin Péladan (le Sâr Mérodack) complète ce trio hors-du-commun.
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